Chapitre 22 - EVASION DU SINGE

 

 

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EVASION DU SINGE

 

 

           

            Jodha avala sa dernière ration. Il lui faudrait atteindre rapidement une ville ou un village pour refaire le plein de provisions. Elle avait dû tout abandonner lorsqu’elle avait traversé à la nage l’Amaravat en amont de la ville. Ce fut une épreuve très difficile pour elle, sa peur de la noyade étant encore très présente depuis le temple sous-marin du lac Piya. Cependant, le pont d’Amaravati étant fortement gardé, elle n’avait eu d’autre choix que celui-là.

            Elle regarda la route qui descendait vers le Voo. Elle la mènerait à Agraja. Ses compagnons s’y trouvaient-ils encore ? Comme s’il lui avait posé la question, Jodha se tourna vers son dhole et lui dit à voix haute : « Je ne sais pas, mais c’est là qu’ils allaient. Je n’ai pas d’autre piste. »     L’animal ne semblait pas intéressé par l’intervention de sa maitresse mais s’approcha pour demander une caresse. Jodha lui gratta le menton, avec un sourire et un rire amusé. Puis le dhole se redressa soudainement. Les oreilles dressées, il avait entendu quelque-chose. Il fit une série de pas vers le Voo, et Jodha ne tarda pas à entendre à son tour ce qui l’avait inquiété : des voix d’hommes chantaient en chœur : une colonne de soldats remontait vers eux.

            Jodha chercha un endroit où se cacher, mais il n’y avait rien autour d’elle. Un peu plus tôt dans la matinée, à la croisée des routes, il y avait eu quelques collines, surmontées de bosquets, mais ici, il n’y avait plus alentours que des champs, et les buissons les plus proches étaient trop éloignés pour être atteints avant l’arrivée des soldats. La Brahmane passa alors rapidement en revue les quelques sorts que les ermites avaient eu le temps de lui apprendre, malheureusement aucun d’entre eux ne pouvait la tirer d’affaire. De plus, elle avait égaré son tabard pourpre près du camp du Capitaine Mujak, avant d’enlever ce dernier avec l’aide de Khan. Il ne lui restait plus qu’une carte à jouer, celle de la voyageuse égarée. Elle dissimula ses armes dans les hautes herbes sur le bord de la route et envoya son dhole au loin. La jeune femme resta ensuite assise à attendre, en finissant sa ration.

            Les soldats arrêtèrent de chanter lorsque la colonne arriva à sa hauteur. Elle était composée d’une dizaine d’hommes à pieds, pas très aguerris, dirigés par un sous-officier patibulaire au visage parsemé de cicatrices, dont Jodha ne put reconnaître le grade en raison de la couche de boue et de poussière qui recouvrait ses galons. A l’arrière, un petit charriot tiré par un cheval chétif transportait quelques sacs de grain et des coffres de matériel. Ils firent halte et le sous-officier s’adressa à Jodha : « Ben alors, ma p’tite dame. On voyage seule ? »

            Ses hommes formèrent aussitôt un demi-cercle autour de la jeune femme, l’empêchant de fuir par la route. Tous étaient armés d’au moins un tulwar et certains portaient en plus une rondache de fer décorée de la vache sacrée, symbole de la province de Peejing. Seule et ne possédant plus que son khanjarli dissimulé sous ses vêtements, Jodha savait qu’elle ne survivrait pas à une confrontation. Elle devait ruser pour sauver sa peau : « Non, Capitaine, dit-elle en flattant le soldat d’un grade bien supérieur au sien. Je voyage avec mon mari. Tout le monde sait que les routes ne sont pas sûres pour une femme seule. »

            Le sous-officier fit mine de regarder aux alentours avant de dire en écartant les bras : « Et où il est, vot’ mari ? J’vois personne ici.

            - Nous n’avions plus de vivres. Il est parti chasser ce matin.

            - Il vous a laissé seule sur la route ?

            - Non, nous avons un camp près de la croisée des routes. Mais comme il ne revenait pas, je suis partie à sa recherche. Heureusement que vous croisez ma route, je me sens plus en sécurité maintenant. C’est rassurant de savoir que nos braves soldats patrouillent sur les routes. Ne l’avez-vous pas croisé ?

            - Non, dit un des hommes portant une rondache. Mais vous êtes en sécurité avec nous.

            - Il dit vrai, reprit son supérieur, z’êtes en sécurité maintenant, mais seulement si vous restez avec nous. Pas de chance, on peut pas attendre vot’ mari. On va d’voir vous emmener.

            - M’emmener ? Où ? demanda Jodha, soudain inquiète.

            - A Peejing.

            - Peejing ! Mais ce n’est pas ma route, je vais à Agraja ! » s’exclama Jodha. Elle ne souhaitait pas perdre du temps supplémentaire sur ses compagnons, et encore moins voyager jusqu’à Peejing en compagnie de ces hommes auxquels elle ne pouvait attribuer que de mauvaises intentions.

            - Vous inquiétez pas, on y sera dans la soirée.

            - Mais, et mon mari ?

            - Dites-vous qu’il est mort. Ce s’ra plus facile de l’oublier. »

            Avant qu’elle ne puisse répondre, Jodha reçut un violent coup derrière la tête. Un homme avait réussi à la contourner sans qu’elle s’en aperçoive. A moitié consciente, elle fut transportée jusque dans le charriot. Du coin de l’œil, elle vit son dhole s’approcher de l’arc qu’elle avait dissimulé dans les hautes herbes. Elle ne pouvait lui parler. Elle espéra qu’il ne tenterait rien d’imprudent et qu’il la suivrait, à bonne distance, jusqu’à Peejing.

 

 

***

 

 

           

Shinobi refusa d’un geste de la main les ladoos que lui tendait Hiro. Ces petites boules de gâteau étaient bien trop sucrées pour lui, surtout au petit déjeuner. Après leur longue nuit de sommeil, il était temps pour lui de revenir aux choses sérieuses : « Alors, c’est décidé, demanda-t-il, on va faire évader le singe ?

            - Ça me semble être la meilleure chose à faire, dit Hiro, malgré le danger que cela représente. Lui seul peut nous mener jusqu’à cette Alice.

            - Je n’en suis pas convaincu, dit Amar, l’air soucieux.

            - Vraiment ? s’étonna Hiro. C’est pourtant toi qui l’a proposé hier.

            - C’est vrai, mais la nuit m’a porté conseil, dit le moine. Si cette Alice cherche les mêmes objets que nous, alors nous aurons d’autres occasions de la retrouver.

            - Peut-être, intervint Minami, mais quand ? Quand elle les aura tous trouvés avant nous. Tout porte à croire qu’elle a des moyens, et de nombreuses personnes à son service. Elle a peut être même déjà les autres artefacts en sa possession.

            - Et je te rappelle que le temps presse, dit Shinobi. Nous ne pouvons pas passer à côté d’une telle occasion ! »

            Amar poussa un soupir et sirota son lassi en réfléchissant. Il chercha ensuite un soutien auprès d’Edgarde, qui ne s’était pas encore exprimée sur la question : « Et toi, tu en penses quoi ? On risque nos vies pour ce singe ?

            - Moi ? J’m’en fous ! Vous décidez. »

            Ne pouvant donc compter sur elle, Amar dit : « Il y a peut-être une autre solution. Et si nous intervenions plutôt au moment de son exécution ?

            - Si cette dernière est publique, dit Hiro. Et on peut oublier la discrétion.

            - Nous pouvons toujours nous renseigner, si tu veux, dit Shinobi. Mais comme l’a dit Hiro, mieux vaut faire cela discrètement. Je ne voudrais pas avoir toutes les armées du coin à nos trousses. »

            Amar leva son verre pour le remercier. En effet, s’ils avaient réussi à former un groupe solide, empreint d’amitié depuis le début de leur aventure, à Daarjing, c’était parce qu’ils avaient su prendre en compte les avis de chacun, sans qu’aucun d’entre eux ne s’attribue un rôle de chef. Ils étaient tous égaux, ce qui leur permettait d’être amis.

            Minami, qui avait l’oreille fine (ou bien avait-elle un pouvoir insoupçonné ?) informa sa tablée : « Nous n’apprendrons rien ici, cette auberge n’est fréquentée que par des marchands et fermiers qui ne semblent préoccupés que par la météo.

            - Je vais aller me renseigner, dit Amar. De toute façon, j’avais besoin d’un autre lassi. »

            Le moine quitta la table et, après avoir passé commande, engagea la conversation avec l’aubergiste : « j’ai entendu dire qu’un voleur allait être exécuté bientôt.

            - Oui. Ce gars-là a dû voler la mauvaise personne.

            - La mauvaise personne ? interrogea Amar.

            - Les condamnations à mort sont rares, expliqua l’aubergiste, surtout pour un vol. Celui qu’il a volé a dû payer cher pour s’assurer que son honneur soit vengé. Il s’agissait sûrement de quelqu’un de haut placé, avec des relations. »

            Visiblement, l’homme n’était pas très au courant. Cela signifiait que les autorités n’avaient pas divulgué les informations concernant Van Chok et sa tentative d’effraction du mausolée d’Agraja. Amar tenta tout de même d’en savoir plus : « Vous avez déjà assisté à une exécution ?

            - Oui, une fois, y’a quelques années.

            - Chez moi, à Mohabat, il n’y avait pas de condamnation à mort » dit le moine, alors qu’une vague de nostalgie s’emparait soudain de lui. Il n’avait plus repensé à Mohabat depuis leur fuite sur le lac avec Karisma. La ville existait-elle seulement encore ? Karisma était-elle toujours en sécurité avec les Vertueux Rois dans les marais ? Il se surpris lui-même de s’inquiéter pour la fille de feu Frère Aman, ce n’était pas dans ses habitudes.

            L’aubergiste le tira de ses pensées : « Si vous êtes encore là après-demain, vous pourrez y assister, dit-il en tendant à Amar son lassi.

            - Je ne sais pas si nous serons encore là, dit le moine ? Est-ce choquant ?

            - Oh, il ne faut pas être trop sensible, voilà tout. Mais un gaillard comme vous devrait le supporter. Au pire, ne regardez pas au moment où l’éléphant écrase le crâne du condamné.

            - Ah, c’est donc un éléphant, comme en Dorma. Alors très peu pour moi, la vue du sang ne me réussit pas.

            - Vous n’êtes pas soldat ? s’étonna l’aubergiste, se référant aux tabards que portaient Amar et ses compagnons.

            - Si, en effet, menti ce dernier. Mais je suis moine avant tout. Notre unité engage rarement le combat, s’en sortit le Semi-Esprit.

            - Ah, fit l’aubergiste, peu convaincu, en regardant avec plus d’attention Edgarde et Shinobi. Si jamais vous changez d’avis, ou que vos compagnons sont intéressés, ce sera sur la place, devant le palais, après-demain à midi. »

            Amar remercia l’aubergiste et rejoignit sa table avec son verre de lait fermenté à la mangue. A son arrivée, Hiro demanda : « Alors, qu’as-tu appris ?

            - Van Chok mourra après-demain, à midi, devant le palais. C’est en plein centre de la ville, ce sera bien trop risqué d’intervenir.

            - Et donc, que faisons-nous ? insista Shinobi.

            - Nous allons le libérer dans la prison, concéda Amar. Mais il nous faudra un plan solide.

            - Finis ton verre, lui répondit le guerrier. Nous allons observer une nouvelle fois la caserne. »

 

            Au fond de la salle commune, une petite silhouette sortit de l’ombre et se dirigea vers la porte. Elle quitta l’auberge en jetant un dernier coup d’œil vers la table des aventuriers. Bien que le petit homme enturbanné ait été à contre-jour, Minami crut déceler sur son visage l’esquisse d’un sourire, avant que la porte ne se referme derrière lui.

 

            A quelques pas de l’auberge, alors que les faux soldats du Maalhadiya descendaient la rue principale de Peejing en direction de la caserne, Minami entendit un bruit provenant d’un petite ruelle très ombragée. C’était un vrai coupe-gorge, exactement le genre d’endroit où éviter de s’engager seul pour quiconque tenait à sa vie. Elle s’arrêta tout de même et tendit l’oreille. Le bruit revint, et cette fois, elle distingua mieux ce dont il s’agissait. On l’interpellait : « Pssst !

            - Attendez ! dit la Naaresh à ses compagnons.

            - Pssst ! refit-on dans l’ombre.

            - Par-là, il y a quelqu’un ! »

            A sa suite, tous s’engagèrent entre les bâtiments, hors de la rue principale. Là, sortant de derrière un recoin du mur, un petit homme portant un turban sombre se décida à se montrer : « C’est vous qui êtes sorti de l’auberge juste avant nous ? demanda aussitôt Minami.

            - C’est bien moi, dit l’homme d’une petite voix nasillarde. Je me nomme Guju, et je suis votre obligé.

            - Nous nous connaissons ? s’étonna Hiro car l’homme ne lui disait rien.

            - Pas encore, dit Guju, mais vous verrez, tout le monde gagne à connaître Guju.

            - Que voulez-vous ? demanda à son tour Shinobi.

            - Il me semble que vous n’êtes pas ici pour conclure une affaire très honnête, je me trompe ? »

            Edgarde écarta Hiro et Amar de son chemin pour venir saisir Guju par le col de sa tunique. Elle le décolla du sol et lui fit la proposition suivante : « Tu veux que j’t’éclate tout de suite ?

            - Non, non, pitié ! supplia le petit homme.

            - Repose-le, dit Shinobi à la barbare. Il ne représente pas encore une menace. »

            A contre-cœur, Edgarde lâcha sa prise. Guju tomba ainsi, son arrière train baignant dans les déchets qui tapissaient le sol de la ruelle. Il se releva et tenta de se nettoyer en frappant sa tunique. Puis il regarda, dégoûté, ses mains devenues poisseuses. Il soupira avant de dire : « Vous m’avez peut-être mal compris. Le malhonnête, il se trouve que c’est pour ainsi dire mon créneau. Dites à Guju ce qu’il vous faut, et Guju vous le trouve.

            - On a besoin de rien, dit Edgarde.

            - Vous en êtes sûrs ? Une évasion, ça demande beaucoup de préparation. Et vous n’avez que très peu de temps.

            - Comment es-tu au courant ? demanda Shinobi.

            - Je vous l’ai dit, le malhonnête, c’est mon truc. Mais avec moi, la discrétion est garantie. Alors, dites-moi ce qu’il vous faut.

            - Eh bien, en fait, nous n’y avons pas encore réfléchit, avoua Amar un peu confus.

            - Ce n’est pas grave, dit Guju en balayant la remarque du moine de la main. Voyons voir, vous devez entrer dans la caserne, descendre dans la prison et ressortir avec votre ami.

            - Ce n’est pas notre ami, le coupa Hiro.

            - Peu importe. Vous devez faire cela sans vous faire remarquer et choisir le moment opportun, continua Guju. D’autant que vous n’avez que deux jours devant vous. »

            Le petit homme se mit à faire des allers-retours entre les deux murs qui encadraient l’étroite ruelle, se grattant le menton dans sa réflexion, sous le regard impatient des aventuriers. Sans arrêter de marcher, il finit par dire : « Je peux vous trouver la clé de la grille extérieure, personne ne soupçonnera un groupe de soldat entrant dans la caserne avec la clé. Je dois aussi pouvoir vous dégotter les plans de la prison, mais ce sera plus cher.

            - Nous l’avons déjà visitée, dit Shinobi. Pouvez-vous nous trouver la clé des cellules ?

            - Ça non, par contre, dit Guju, mais les gardes détiennent des trousseaux. Ce ne sera pas un problème pour vous de vous en procurer une fois dedans. Mais je sais ce qui vous sera utile ! J’ai mis la main sur un document qui mentionne les effectifs de la caserne pour les jours à venir. Ainsi, vous saurez quand passer à l’action.

            - C’est intéressant, en effet, dit le guerrier.

            - Et quel est le prix ? demanda Amar.

            - Voyons, les plans et les effectifs ainsi que la clé … le tout pour… disons huit-cents pièces d’or. Payables tout de suite.

            - Huit-cents pièces d’or ! s’exclama Hiro. C’est absurde !

            - Qu’est-ce qui vous fait croire que nous possédons une telle somme ? demanda Minami.

            - La grande transporte des objets précieux, je les sens d’ici, dit Guju, faisant référence au grand sac porté par Edgarde.

            - Ce n’est pas à vendre, dit Shinobi.

            - Vous en avez sûrement d’autres. Des choses dont vous n’avez pas utilité.

            - C’est bon, dit Amar. Nous avons un peu d’or. Mais ça ne doit pas représenter plus de cinq-cents pièces.

            - Ça suffira, dit Guju en tendant la main. Je vous fais un prix d’ami.

            - Tu parles ! cracha Edgarde.

            - En es-tu sûr, Amar ? demanda Shinobi. Nous n’aurons plus rien après cela.

            - L’or n’est pas la seule richesse, mon ami, dit le moine. Nous avons plus besoin de ces objets aujourd’hui que de quelques pièces.

            - Oui, mais cinq-cents pièces d’or, quand-même ! insista Hiro.

            - Nous en retrouverons. »

            Amar tendit sa bourse, et chacun de ses compagnons fit de même. Guju se saisit de cette petite fortune et dit : « Comme je vous l’ai dit, il me faudra un peu de temps pour mettre la main sur la clé.

            - Du temps ? Combien de temps ? éclata Shinobi.

            - Ne vous inquiétez pas, l’ami. Vous l’aurez ce soir. Retrouvez-moi ici même à la tombée de la nuit.

            - T’as intérêt à l’avoir, gronda Edgarde en pointant son arme vers le visage de Guju pour accompagner sa menace.

            - Foi de Guju, dit ce dernier, vous ne serez pas déçus. »

            En un claquement de doigts, le petit homme disparut au coin du mur, comme il était venu, avec son lourd butin.

            Hiro dit : « Nous avons payé tout cela bien trop cher. J’espère qu’il tiendra parole.

            - Ne comptons pas trop dessus, dit Shinobi, en envoyant un regard noir à Amar. Continuons de nous préparer. Allons jeter un œil à la caserne, comme prévu.

            - D’accord, dit le Naaresh. J’irai aussi au temple voir si les Brahmanes ont quelques potions qui pourraient nous servir. »

 

            Le prêtre de Shivalinga déposa sur le comptoir en marbre quatre petites fioles contenant un liquide rougeâtre : « C’est tout ce qu’il nous reste, dit-il à Hiro.

            - Si peu ? s’étonna le Semi-Esprit. Quelqu’un vous a tout acheté ?

            - Si seulement, répondit le prêtre. C’est bien plus grave que cela. Le Frère Meghnad a envoyé ses soldats pour détruire toutes nos réserves d’ingrédients et de potions. Ils ont gardé pour eux la plus grande partie des soins, et nous ne sommes autorisés à en délivrer qu’en cas d’extrême urgence.

            - Pourquoi, alors, nous les fournissez-vous ? demanda Amar.

            - Malgré vos uniformes, je vois bien que vous n’êtes pas de mauvais hommes. Vous en ferez bon usage.

            - Mais, si vous n’avez que cela, comment prendrez-vous soin de la population ? s’inquiéta le moine.

            - D’autres Brahmanes viendront. Ceux qui prient la déesse bannie. Ceux-là soigneront le peuple à notre place. Mes acolytes et moi sommes malheureusement destinés à mourir. Shivalinga et Khalinga n’ont jamais su s’entendre.

            - Pourquoi ne pas vous enfuir ? demanda Hiro.

            - Notre dieu nous protégera, s’il le souhaite. Sinon, s’il nous abandonne, nous emporterons avec nous le plus possible de nos ennemis, dit le prêtre. Prenez ces potions, et faites-en bon usage. »

            Le prêtre poussa les fioles vers Hiro puis s’en retourna prier aux pieds de la statue de Shivalinga, dont le visage de bronze avait été martelé et scarifié à coups de hache. Il alluma un bâtonnet d’encens et le déposa sur la planche de bois qui soutenait maintenant les offrandes à la place de l’autel de marbre fendu.

            En sortant, Amar se dit que les hommes se faisaient bien trop de guerres, et trop souvent au nom des dieux. Il comprit en partie pourquoi ces derniers avaient choisi leurs élus parmi les autres peuples, principalement les Semi-Esprits tels que lui, Hiro, Edgarde et Minami. Ils espéraient peut-être que leur grand âge leur apporte plus de sagesse. Cependant, malgré plus d’un siècle de vie, ils étaient bien jeunes pour leur race et découvraient encore les rouages de ce monde sans pitié.

            Il déposa les quatre précieuses fioles dans sa sacoche et finit son tour de la ville avec son congénère. Hiro souhaitait rendre visite au Maitre Devapala. Peut-être pourrait-il y apprendre de nouvelles choses. Il n’avait pas eu l’occasion de continuer sa formation depuis Hota-Hai, il y avait de nombreuses lunes de cela. Le moine, quant à lui, avait repéré au Pee de la ville, près des montagnes, une école de magie. Ces établissements tenus par les grandes familles de la province de Naarjing accueillaient les Shugenjas de tout le Sardesh. Plus que des écoles, c’étaient des lieux d’échanges entre pratiquants de la magie élémentaire où chacun d’entre eux pouvait apprendre et enseigner aux autres ses connaissances et ses techniques.

            Ils avaient encore toute la journée devant eux avant de retrouver, ils l’espéraient, le fameux Guju dans la ruelle. Autant mettre ce temps à profit. Shinobi et Edgarde s’étaient pour leur part rapprochés de la forge tandis que Minami était partie seule de son côté, à flâner dans la rue commerçante. Cette ville aux pieds du Maalhadiya lui rappelait Pandava, même si là-bas, la chaleur d’Agni ne se faisait jamais autant ressentir. Intérieurement, la Naaresh attendait Madan et des températures plus vivables pour elle.

            Elle croisa Shinobi et Edgarde en pleine conversation avec leur artisan favori, et s’éloigna de cette zone d’activité pour se rendre à la bibliothèque. Le bâtiment était de grande taille pour une si petite ville. Elle poussa la lourde porte, mais celle-ci ne s’ouvrit pas. Minami recula de quelques pas pour mieux étudier la façade et compris très vite, au vu de l’état des murs, que le bâtiment devait être à l’abandon depuis longtemps. Elle haussa les épaules et s’en retourna vers le centre-ville. Mais de l’autre côté de la rue, elle reconnut l’emblème tout en entrelacs des Maitres de Compétence. Elle aussi, se dit-elle, pourrait mettre son temps libre à profit pour apprendre quelque-chose. Cela tombait bien, ici les Maitres proposaient de se perfectionner en Arts de la Magie. La Wu-Jen n’aurait pu espérer mieux.

 

            La nuit commença enfin à tomber. Les compagnons attendaient déjà dans l’ombre entre les bâtiments depuis un bon moment. Ils s’étaient raconté leur journée et tous avaient plus ou moins menacé Amar de représailles si Guju devait ne pas venir. Ils avaient dû se séparer de certains objets de valeurs pour payer leurs apprentissages, et Shinobi avait renoncé à une très belle arme qu’il aurait normalement pu s’offrir s’il avait pu conserver sa bourse. Lorsque le dernier rayon de soleil allait disparaître, Edgarde s’impatienta : « Bon alors, il est où le nigaud ?

            - Il est là, madame, répondit Guju en sortant de l’ombre. Guju tient toujours parole.

            - Fort heureusement, dit Amar, soulagé.

            - Voici donc, comme convenu, tout ce pourquoi vous m’avez payé, dit lel petit homme en leur remettant la clé, un plan et un petit registre relié. Vous ne serez pas déçus. »

            Shinobi étudia le plan avec Hiro tandis qu’Amar se lançait dans la lecture du registre. Ce dernier contenait une liste des effectifs des gardes de la caserne et de la prison, jour après jour. Il y était même inscrit les troupes attendues et en transit. Après avoir remis la clé à Minami, Guju disparut dans les ombres, comme il était venu.

            Hiro dit à Shinobi : « Cela correspond à ce que nous avons vu en rendant visite à Van Chok. Je ne vois rien de nouveau. Nous aurions pu nous en passer.

            - Je ne suis pas d’accord, dit le guerrier. Regarde, là, ajouta-t-il en indiquant un point précis du dernier sous-sol. Cela ressemble à une sorte de piège, tu ne trouves pas ?

            - Oui, je crois que tu as raison, convint Hiro. Le garde a du le couper lors de notre passage avec le lieutenant. Je retire ce que j’ai dit, ce plan nous sera utile.

            - Et toi, Amar, demanda Shinobi, tu as quelque-chose ?

            - Oui, répondit le moine. Grâce à cela, je sais quand intervenir.

            - Quand ? s’enquit Edgarde.

            - Maintenant.

            - Tu veux dire cette nuit ? demanda Hiro.

            - Non, maintenant. Tout de suite, répéta Amar avec le plus grand sérieux.

            - Nous ne devrions pas nous hâter, calma Shinobi.

            - Si, nous le devons, affirma le moine. Voyez-vous, ce registre indique des effectifs réduits jusqu’à ce soir. Mais des soldats en provenance de toute la province sont attendus dans les prochains jours. »

            Shinobi lui prit le registre des mains. Il tourna rapidement quelques pages avec une grande attention avant de dire : « Ils montent une armée, expliqua-t-il. Tous ces soldats partirons à nouveau dans une semaine.

            - C’est ce qu’il semble, oui, approuva Amar. D’ailleurs un groupe était attendu aujourd’hui, mais il n’est pas encore arrivé. Et dès demain, le Capitaine sera de retour avec une plus grande troupe. C’est donc maintenant que la prison est la moins bien gardée.

            - Alors c’est le moment ou jamais, dit Minami. Cependant, je pense que vous irez sans moi.

            - Tu ne viens pas ? s’étonna Hiro.

            - Je pense que quelqu’un doit garder notre précieux artefact. Dans une telle mission, je serai la mieux qualifiée. Par contre, pour ce qui est de monter à l’assaut d’une prison…

            - Elle a raison ! » dit simplement Edgarde.

            Les trois hommes du groupe se consultèrent du regard et acceptèrent : « Je serais à l’auberge, leur dit enfin Minami. Je vous veillerai depuis la fenêtre. »

            Edgarde remit donc à la Wu-Jen le sac contenant Sher Ka Jidll, Amar lui confia le bâton de Vie offert par les Ermites et ils se séparèrent après que la jeune femme leur souhaite de réussir leur sauvetage.

 

 

***

 

 

 

            

Les soldats en armes formaient un large cerce autour des hommes et des femmes, tout de blanc vêtus, réunis sur la grand-place devant les ruines du temple de Shivalinga.

            Au centre des poutres et des restes de murs, un lit de bois accueillait la dépouille de feu Frère Narayan de Voojing.

            Dans l’obscurité naissante de cette nuit, le Commandant Lalitkumar entra sur la place. Il portait une longue tunique blanche, comme les civils, et une torche allumée dans sa main droite, seule et unique source de lumière autour de la place. Il marcha d’un pas lent jusqu’à l’emplacement des portes du temple, récemment détruit par les flammes. Frère Narayan était mort sans fils, aussi l’honneur d’allumer son bûcher revenait à celui qu’il avait considéré comme tel. Lalitkumar aurait voulu  n’avoir jamais à faire ce geste. Il avait espéré le revoir sur pieds car son état s’était amélioré. Mais Narayan avait fini par ne plus lutter, il avait perdu toute raison de se battre après avoir appris la disparition de Vishnu. Lalitkumar se sentait responsable : et s’il avait tu cette information ?

            Il s’arrêta devant le corps sans vie de son seigneur et adressa une dernière prière à Devisha, la déesse de la Mort, e Brakta, le dieu de la Justice, afin qu’ils évaluent au mieux les actes de Narayan dans cette vie. Afin que sa nouvelle vie soit tout aussi honorable. Puis le jeune Commandant abaissa la torche. Le feu prit très vite. Les flammes montèrent, consumant son mentor et brûlant son visage, mais Lalitkumar se força à regarder la silhouette de Narayan disparaître de ce monde pour un temps. Espérait-il voir son esprit s’envoler pour le Royaume Céleste ?

            Il voulut tomber à genoux, mais il rassembla toutes ses forces pour tenir debout, pour montrer à ses hommes et au dernier peuple de la Confrérie que lui, Lalitkumar, Commandant des armées de Voojing, ne céderait pas.

            Le bois du bûcher émit un craquement et un nuage d’étincelles s’éleva. L’une d’elles, plus volumineuse, plus brillante, sembla monter toujours plus haut dans la nuit, rejoindre les étoiles.

            La Confrérie n’avait plus qu’un seigneur : Karisma de Daarjing, loin, très loin de sa province…

 

 

***

 

 

            Amar, Edgarde, Hiro et Shinobi passèrent pour la seconde fois devant la caserne, l’air de rien. Un unique garde était posté à la grille. Le groupe attendu n’ était toujours pas arrivé.

            Amar demanda à ses compagnons : « C’est bon, on peut y aller ? »

            Sinobi tendit l’oreille et lui répondit : « Je vais quand-même aller observer la cour avant. N’oubliez pas qu’ils ont des chiens.

            - C’est vrai, dit Hiro. Tu penses pouvoir nous en débarrasser ?

            - Je vais essayer, dit le guerrier. ;

            - Je peux leur parler, dit Edgarde. »

            Amar leva les sourcils de surprise, mais Shinobi balaya cette remarque de la main et prit aussitôt son envol sous la forme d’une grue cendrée.

            Le vol de nuit n’était pas aisé, mais il n’avait qu’une courte distance à parcourir. Il survola rapidement la cour et  aperçut les trois chiens qui se reposaient devant leur chenil. Le guerrier voulut alors s’occuper du garde pour ouvrir la voie à ses camarades. Il atterrit juste derrière  le soldat et reprit immédiatement forme humaine. Il dégaina sa choora d’un geste souple, et frappa. Malheureusement, c’était sans compter que l’homme eut une soudaine démangeaison à l’arrière-train. En voulant y remédier, tout simplement, il para involontairement le coup du guerrier avec son coude. La lame l’atteignit tout de même, mais pas avec la force escomptée. Il hurla de douleur en voyant la pointe de métal dépasser de son flanc.

            Aussitôt, les trois chiens bondirent sur leurs pattes et se mirent à courir. Shinobi acheva le garde pour le faire taire, mais l’effet de surprise était passé. Il s’envola à l’instant où les chiens arrivaient sur lui, évitant leurs crocs de justesse.

            Aamr, Edgarde et Hiro accoururent, mais ils décidèrent de ne pas franchir la grille, restée fermée, qui les protégeait des chiens. Edgarde leur offrit alors un spectacle des plus étonnants : elle se mit à aboyer. Ce n’était pas une pâle imitation d’aboiement, mais une série de sons complexes avec des nuances et une intonation choisies. Les chiens l’écoutèrent et semblèrent lui répondre par de petits grognements, mais n’arrêtèrent pas de montrer les dents pour autant.

            Hiro en profita pour les attaquer, tirant une flèche à travers la grille. Il atteignit la cuisse de l’un d’entre eux. Le chien poussa un râle et ils se remirent à aboyer. De peur d’alerter les gardes, Edgarde se joignit à Hiro et à Shinobi, qui les avait rejoints à l’extérieur de la cour. Etrangement, Amar se lança dans l’escalade de la grille, laissant ses amis s’occuper du problème canin.

            Edgarde blessa à son tout l’un des chiens et Shinobi l’acheva à l’aide de son trident, arme qu’il avait subtilisée à un Amphibe du temple sous-marin il y a bien longtemps, mais n’avait encore jamais utilisée. D’une nouvelle flèche, Hiro ôta la vie au dernier chien, juste avant qu’Amar ne mette les pieds dans la cour : « C’était quoi, ça ? lui demanda Shinobi en se moquant de  lui.

            - Eh bien, je suis passé de l’autre côté, moi ! dit le moine fièrement. Vous venez ?

            - Bine sûr, dit Hiro, mais en gardant les pieds sur terre. »

            Il sortit de sa sacoche la clé qu’ils avaient achetée à Guju et la tourna dans la serrure. La grille s’ouvrit et Shinobi, Edgarde et lui entrèrent dans la cour, sans oublier de refermer derrière eux. Amar dit alors, comme pour lui-même : « Ah, oui, en effet. »

           

            Hiro récupéra ses flèches sur ses victimes et Shinobi ordonna presque à ses compagnons de l’aider à transporter les cadavres. Ils les cachèrent rapidement dans le chenil. D’autres grades risquaient d’arriver s’ils avaient entendu les chiens.

            A peine eurent-ils fini que la porte de la caserne s’ouvrit. Aussitôt, Amar courut et enfonça la porte, la refermant si violement sur le garde qui sortait que celui-ci tomba à la renverse à l’intérieur du bâtiment. Ils purent alors entendre les soldats se préparer au combat.

            Shinobi entra dans la caserne par la fenêtre après l’avoir brisée du pommeau de son arme au moment même où Amar ouvrit la porte pour faire entrer Hiro. Le Naaresh acheva l’homme au sol. Le lieutenant qu’ils avaient rencontré la veille attaqua Shinobi qui reçut une nouvelle entaille, à la cuisse cette fois. Armé de son bâton, Amar lui vint en aide, forçant l’officier à reculer d’un grand coup d’estoc en plein estomac. Shinobi put alors lui faire rencontrer sa lame. Une rencontre que sa gorge n’allait pas oublier. L’officier tituba avant de s’écrouler sur son bureau qui se brisa en deux.

            Edgarde fut la dernière à entrer. Elle venait tout juste de finir de cacher les corps dans le chenil. Un soldat descendit de l’escalier en entendant ce vacarme et se trouva nez à nez avec elle. D’un coup de zuhara, elle lui démonta la cage thoracique. L’homme lui vomit dessus un mélange de son dîner et de son sang. Écœurée, elle décrocha les pointes de son arme du corps du soldat et lui envoya un nouveau coup en pleine bouche qui lui fracassa la moitié du visage. Amar et Hiro détournèrent le regard devant une telle horreur alors que Shinobi eut un sourire pour la barbare, couverte de sang.

            Le moine demanda : « Ne pourrais-tu pas faire ça plus proprement ? »

            Il obtint d’Edgarde la réponse qu’il méritait : « Non. »

 

            Le très jeune soldat qui demeurait seul dans la salle des gardes hésitait clairement entre prendre les armes et se cacher sous la table. Hiro préféra le désarmer plutôt que lui ôter la vie, et l’enferma, ligoté et bâillonné, dans l’armurerie, après lui avoir subtilisé son trousseau de clés. Pendant ce temps, Amar et Shinobi étaient montés vérifier que l’étage était vide. Ils vidèrent les coffres dans les dortoirs à la recherche d’objets de valeur, sans succès. Hiro les rejoignit dans la chambre du Lieutenant. Amar frappait violement le cadenas du coffre de son bâton. Le Naaresh lui montra comment un peu de dextérité et un simple petit crochet de fer pouvait faciliter la vie. Ils trouvèrent dans le coffre une bourse peu garnie et une arme d’exception : un chakram, cercle de métal doré dont la face extérieure était aiguisée et extrêmement affutée.

            De retour au rez-de-chaussée, ils ouvrirent la porte de la prison à l’aide du trousseau de clés de Hiro, après une grande inspiration. Ils espéraient pouvoir la repasser très vite dans l’autre sens.

 

 

***

 

 

            Les derniers marchands ambulants venaient de débarrasser leurs étals et la rue se retrouva soudain très calme.

            Minami poussa un soupir. Elle regrettait d’avoir proposé de rester à l’écart. Ses compagnons risquaient leurs vies sans elle, la considéraient-ils trop lâche ? Ils avaient accepté si facilement, leur était-elle inutile ? Ils étaient mieux sans elle, à n’en pas douter. Combien de fois lui demandaient-ils son avis ? Et quand elle le donnait malgré tout, l’écoutaient-ils seulement ?

            La Naaresh secoua la tête. Toutes ces pensées négatives n’étaient pas dignes d’elle. Elle faisait partie du groupe, au même titre que tous les autres. Elle pouvait compter sur eux, et eux sur elle.

            Soudain, elle entendit comme un appel. Un murmure venant de l’intérieur de la chambre. Elle détourna le regard de la fenêtre et alluma une bougie à l’aide de son briquet. Comme le lui avait expliqué le Swami du village des Gnômes, le grand maître du Feu avait consigné tous les sorts de feu dans son grimoire, et le livre fut perdu à sa mort. Depuis lors, les Swamis et Wu-Jen du monde oublièrent ces sorts. Il serait bien utile que quelqu’un retrouve ce grimoire, se dit-elle.

            Rien. Elle ne distingua rien dans la petite pièce, mis à part son paquetage posé sur une paillasse, et tout contre celui-ci, le sac d’Edgarde. Oui, c’était de là que provenait le murmure. L’armure de Guangar Sardesh Singh l’appelait. Mais pourquoi avait-elle proposé de rester alors qu’elle craignait tant l’artefact ? Et si c’était l’armure qui lui avait suggéré cette idée ?

            Minami se leva du coffre sur lequel elle état assise devant la fenêtre et se dirigea vers le sac. Elle en sortit immédiatement Sher Ka Jidll. La petite flamme de la bougie faisait briller La Peau du Tigre bien plus qu’elle n’aurait dû, comme si elle produisait sa propre lumière. Le haut du plastron était composé d’une seule pièce, protégeant son porteur du cou jusqu’au sternum, des rangées d’écailles d’or couvraient les flancs et l’abdomen. Le symbole de Khalinga, gravé sur son torse se dessinait en ombre sur le visage de Minami, illuminé par l’armure. La pointe de magie vint briller dans les yeux de la Wu-Jen, dont la couleur passa soudainement au bleu pâle.

            Tout en caressant le métal investi de magie, Minami émit à son tour un murmure : « Khalinga… ».

 

 

***

 

 

           

Une torche à la main, Hiro guidait ses compagnons vers les sous-sols de la prison. La clé subtilisée au jeune soldat s’avéra bien utile pour ouvrir les grilles qui encadraient le premier escalier. Comme lors de leur première visite, un garde se tenait à un bureau, au premier niveau, devant une rangée de cellules. Les entendant arriver, il se plaça sur leur chemin pour leur barrer la route : « C’est qui ? demanda-t-il simplement, ne pouvant distinguer les traits des arrivants, éblouit par la lumière de la torche.

            - C’est la relève ! répondit aussitôt Shinobi.

            - La r’lève ? répéta le garde, étonné.

            - Z’avez pas r’çu la pap’rasse ? ajouta Hiro en tentant d’imiter le phrasé du soldat.

            - Non, ça m’dit rien.

            - Peut-être avez-vous déposé le document sur votre bureau ? proposa Shinobi.

            - Ah, p’t’et’ ben. »

            Le garde se tourna vers son bureau, sans aucune méfiance. Hiro en profita pour lui porter un coup fatal à l’arrière du crâne : « Un de moins ! s’exclama le Naaresh.

            - Pauvre homme, il ne l’a même pas vu venir, dit Amar.

            - Continuons, vite, pressa Shinobi. N’oubliez pas que des renforts sont attendus là-haut ! »

 

            Le second sous-sol était composé de galeries en forme de carré, comprenant des rangées de cellules sur les bords et un bloc de cellules au centre. Deux gardes patrouillaient dans cette zone, faisant des rondes le long de la galerie. L’escalier descendant au troisième sous-sol se trouvait sur la face opposée à celle par laquelle les compagnons arrivaient.

            En trébuchant sur une marche, Hiro bouscula légèrement Shinobi qui fit tinter sa lame contre son armure. Un des gardes fut aussitôt alerté par le bruit et lança : « Qui va là ?

            - C’est la relève, tenta à nouveau le guerrier.

            - La relève ? C’est n’importe-quoi, on vient juste de prendre notre poste. »

            Le soldat n’était pas encore visible mais Shinobi reconnut sans hésitation le son d’une lame tirée de son fourreau. Hiro fit signe à ses amis de reculer dans l’escalier et sortit de sa cachette pour se montrer dans la galerie : « Tout doux, l’ami. Ça doit être une erreur, tout simplement. »

            Le soldat baissa sa garde mais ne remit pas pour autant son tulwar au fourreau. Il étudia la tenue du Naaresh avant de demander : « Je vous ai déjà vus ici. Vous venez faire quoi ?

            - On te l’a dit, c’est la relève.

            - Vous êtes seul ? s’étonna à nouveau le garde.

            - Non, il est pas seul » dit Edgarde, en sortant soudainement de l’escalier.

            Hiro ferma les yeux juste à temps, avant de recevoir sur le visage des gouttes de sang en provenance de son interlocuteur. Mais déjà, le second garde approchait. Edgarde ramassa le cadavre de sa victime et le cacha derrière le coin de la galerie. Shinobi et Amar restèrent dans l’escalier, les armes au clair tandis que Hiro faisait signe à un prisonnier, qui avait tout observé depuis sa cellule, de garder le silence. Le garde arriva dans la galerie donnant sur l’escalier. Il passa devant sans voir Shinobi car son regard fut attiré par les traces de sang sur le sol. Elles semblaient tourner au coin de la galerie. L’homme appela son collègue d’un ton inquiet, et tira lui aussi sa lame du fourreau : « Salman ? Salman ?

            - Oui ? répondit Hiro en essayant d’imiter la voix du défunt.

            - Tout va bien ? C’est quoi ce sang ? »

            Le soldat allait passer le coin. Shinobi choisit ce moment pour sortir de sa cachette et l’attaquer dans le dos. Au même instant, Hiro fit de même pour attaquer l’homme de face. Les deux lames traversèrent sa chaire de concert. Le khandar de Hiro, plus long, faillit même entailler Shinobi de l’autre côté : « Et de trois, dit le guerrier.

            - Parfait, plus qu’un si l’on en croit Guju, ajouta Amar.

            - On te laisse le dernier ? proposa Edgarde.

            - Non, inutile, vous vous débrouillez très bien. »

 

            A cet étage, seules trois cellules étaient occupées. Et fort heureusement, un seul détenu avait vu les intrus, les deux autres se situant de l’autre côté du carré de galeries. Désirant certainement être sauvé à leur retour, l’homme garda le silence comme Hiro le lui avait demandé.

            L’escalier qui descendait vers le troisième sous-sol était plus sombre, plus raide et bien plus étroit que le précédent. Hiro marchait toujours devant, le plan de Guju sous les yeux afin de déterminer l’endroit exacte où devait se situer le piège. Il s’arrêta juste avant le coude formé par l’escalier et se tourna vers ses compagnons : « Le piège est juste là, deux marches devant. Seulement, le garde est posté juste en face. Je ne peux pas le désamorcer sans être vu.

            - Je peux essayer de passer en l’évitant, proposa Amar. Et je m’occupe du garde pendant que tu désamorces.

            - Si tu passes de l’autre côté, ne peux-tu pas simplement désactiver le piège ? se risqua Shinobi.

            - Vrai, dit simplement le moine.

            - Bien, essaye-ça, accepta Hiro. Mais nous ne pourrons pas te venir en aide. »

            Amar passa alors devant Shinobi et Hiro, et se dit que dans un si étroit escalier, il aurait été impossible de dépasser Edgarde. Il demanda à Hiro de lui indiquer précisément la zone piégée. Il prit ensuite son élan, planta son bâton dans le sol sur la marche devant lui et sauta contre le mur face à lui. Il appuya fort de la plante de son pied et se propulsa dans l’autre sens, passant ainsi le coude de la galerie. Ses compagnons ne le voyaient plus. Ils entendirent l’étonnement du garde suivi des coups de bâtons portés contre son armure de cuir. Puis le corps qui s’étalait au sol : « Tu y es ? demanda alors Hiro.

            - C’est bon, je suis devant la porte, répondit le moine. Mais il y a plusieurs mécanismes ici, je ne sais pas lequel correspond au piège de l’escalier.

            - Ce n’est pas mentionné sur le plan de Guju, dit Hiro. Ne t’embête pas, je vais désamorcer le piège comme je l’avais prévu. »

            Le Naaresh avança d’une marche et se pencha au sol. En effet, depuis la position du garde, Amar pouvait parfaitement le voir opéré. Hiro sortit de sa sacoche une série de petits instruments. Il en choisit un qu’il fit glisser lentement le long des bords d’une des dalles qui composaient la marche. Il le fit passer en dessous et souleva légèrement la dalle jusqu’à coincer son outil. Il réitéra la même opération de l’autre côté puis, une fois les deux bords soulevés, il retira délicatement la dalle et la posa sur la marche derrière lui. Il découvrit ainsi tout un mécanisme fait de cordes, de poulies et de contrepoids. Une série de cordes passait sous les autres dalles pour se diriger vers le mur. Hiro étudia le mur en suivant du regard le chemin que pouvaient emprunter les cordes dans la paroi. Il finit par regarder le plafond et y apercevoir ce qui semblait être une trappe dissimulée : « Regardez, des pierres devraient tomber par là si quelqu’un marche sur le piège. Je vais simplement coincer la corde, et tout ira bien. »

            Il coupa une des cordes en retenant le contrepoids de l’autre main. Puis il l’attacha solidement à l’autre corde. Il s’écarta ensuite de sous la trappe et relâcha lentement le contrepoids. Le mécanisme s’enclencha mais la corde fut bel et bien coincée par le nœud. La trappe au plafond s’entrouvrit à peine dans un grincement léger : « C’est bon ! » dit Hiro, fièrement.

            Il passa en premier pour prouver à Shinobi, un peu sceptique, qu’il pouvait lui faire confiance. Il ne leur restait plus que la dernière porte à ouvrir pour accéder à la cellule de Van Chok. Cette fois, c’est Amar qui détenait la clé, très récemment prélevée sur le garde qu’il venait de mettre hors d’état de combattre.       

            La torche ensorcelée la veille par le moine-Shugenja avait cessé de briller. Amar récita à nouveau son incantation afin de distinguer celui qu’ils étaient venus sauver. Van Chok se tenait debout dans sa cage, et il était en de réajuster son gilet : « Je dois vous avouer que je ne vous attendait pas, dit-il.

            - Ce n’est pas l’impression que vous donnez, lui fit remarquer Amar.

            - Un Vanara comme moi doit toujours se faire présentable quand il est en contact avec vous.

            - Bon, on le sort le singe? On va pas pioncer ici ! » beugla délicatement Edgarde.

            Surpris par cette intervention des plus diplomate, Van Chok fit un pas en arrière. Puis il dit à l’attention d’Amar, sans quitter la barbare du regard : « J’espère pour vous que vous avez la clé de cette cage, un sort la protège de toute tentative de forçage.

            - Je l’espère aussi » dit le moine.

            Il montra à l’homme-singe le petit trousseau de clé qu’il détenait. Il en choisit une, un peu au hasard, et la dirigea vers la serrure : « Attendez ! lui ordonna le Vanara. Pas celle-ci. Essayez plutôt la petite, celle avec la tête pleine. »

            Amar s’exécuta. Il n’avait pas envie de discuter. Il risquait peut-être sa vie et Van Chok avait tout de même réussi à ouvrir la porte du mausolée, malgré le sortilège de très haut niveau qui la protégeait. De plus, le Vanara comptait sur lui pour s’évader, il pouvait donc lui faire confiance. La clé tourna difficilement dans la serrure, mais la cage s’ouvrit. Une légère vibration de l’air indiqua aux occupants de la pièce que le sort de protection était levé. Van Chok sortit de la cage toucha la tête de chacun de ses sauveurs, en se confondant en remerciements : « Oui, oui, de rien, s’impatienta Shinobi. Mais il serait peut-être temps de sortir d’ici. Vous nous remercierez quand nous serons en sécurité, en nous donnant les informations dont nous avons besoin. Allez !

            Ils remontèrent au pas de courses tous les étages de la prison, soulevant sur leur passage les appels au secours des autres détenus qui espéraient bien profiter de cette évasion. Ces derniers ne purent néanmoins que regarder Van Chok quitter cet effroyable endroit sans eux. Arrivés dans la caserne, Hiro prit une cape dans la sale des gardes pour dissimuler le Vanara avant qu’ils ne traversent la cour pour quitter les lieux. Ils se dirigèrent ensuite vers l’auberge et se cachèrent dans une petite ruelle pendant qu’Amar allait rechercher Minami. Van Chok demanda : « Dites-moi, maintenant, comment puis-je vous être redevable ?

            - Nous voulions savoir qui vous avait envoyé à Agraja. Nous savons maintenant que c’est une certaine Madame A., dit Shinobi.

            - Alice, oui, je vous l’ai dit.

            - Qui est-elle ? questionna Hiro.

            - J’avoue ne pas vraiment savoir, confessa le Vanara. C’est une femme puissante, à n’en pas douter. Et elle a su se montrer persuasive.

            - Vous deviez la retrouver dans son domaine, où se trouve-t-il ? continua le Naaresh.

            - Elle devait me donner cette information plus tard. Mais je l’avais rencontrée près d’ici, chez un producteur d’opium : Om Kapoor

            - Nous sommes passés devant son…palais, dit Shinobi. C’est à Karavati.

            - Tout à fait, dit Van Chok.

            - Vous pensez qu’elle y sera encore ? demanda Hiro.

            - Je n’en ai pas la moindre idée. En tout cas, c’est là-bas que je me serais rendu si j’avais réussi.

            - Vous savez ce qu’elle vous a envoyé voler ?

            - Oui, une armure de grande valeur. Ce mausolée devait être inviolable. J’ai prouvé que ce n’était pas le cas. Mais j’ai échoué dans ma mission, dit-il, dépité. Pourquoi cherchez-vous Alice ?

            - Nous avons une affaire à régler avec elle » dit simplement Shinobi.

            Van Chok se sentait vraiment honteux d’avoir échoué à voler Sher Ka Jidll. Il baissa la tête et regarda le sol pour demander : « Puis-je vous demander une faveur ?

            - On vous écoute.

            - Quand vous la verrez, ne lui dites pas que je suis en vie, ou alors, elle chercherait à me tuer.

            - Ne voulez-vous pas vous joindre à nous. Nous pourrions avoir besoin de vos talents ? demanda Hiro.

            - Non, je vous remercie, mais je dois rentrer chez les miens, à Vanaravara. Vous m’offrez une seconde vie, je dois m’en montrer digne, maintenant. Fini de jouer. Mon peuple aura besoin de moi.

            - Bonne chance à vous, Van Chok, dit Hiro. Que les dieux vous protègent ! »

            Van Chok sourit de toutes ses dents, puis toucha à nouveau la tête de Shinobi, Edgarde et Hiro avant de quitter la ruelle et de s’enfoncer dans les ombres de la nuit, enveloppé dans sa cape.

            Amar et Minami arrivèrent juste après son départ. Shinobi lui donna les dernières informations et ils décidèrent de quitter immédiatement Peejing. Ils se dirigèrent alors tous les cinq vers les écuries.

 

           

***

 

 

            Depuis la veille, Jodha avait cessé de lutter.

            Les soldats lui avaient lié les mains et les pieds, l’empêchant de fuir. Bâillonnée, elle ne pouvait pas non plus utiliser ses charmes pour faire tomber leur vigilance. Elle n’avait d’autre solution que de se laisser mener jusqu’à Peejeing.

            Son petit convoi venait justement d’entrer en ville. Le sergent qui les menait (elle avait fini par connaître son grade) avait pesté sur ses hommes durant toute leur marche, les accusant de leur retard. La nuit étant déjà tombée depuis quelques heures, il suspectait que ses hommes et lui se retrouveraient avec les pires corvées comme punition. Il ne s’attendait sûrement pas à ce qu’il allait découvrir.

            Le portail de la caserne était entrouvert. Étrangement, personne n’était posté là pour monter la garde. Le sergent fit entrer ses hommes et le charriot transportant le matériel et Jodha dans la cour, puis envoya un homme dans la caserne pour les annoncer. L’homme ressorti aussitôt, horrifié : « Sergent, venez voir ! C’est un massacre ! »

            Le sergent jeta un œil rapide par la porte puis ordonna : « Fouillez le bâtiment ! Chercher des survivants ! Et trouvez les charognes qu’ont fait ça ! ».

            Les soldats se répandirent dans  la caserne, armes en main. Deux d’entre-deux tirèrent Jodha hors du charriot. Elle leur fit signe qu’elle ne pouvait pas marcher et l’un d’eux lui coupa les liens des pieds. Se retrouvant avec les deux derniers hommes dans la cour, Jodha saisit son moment. Elle passa les liens de ses mains derrière la nuque de l’homme baissé et ramena sa tête vers son genoux, lui cassant instantanément le nez et l’envoyant au tapis. L’autre n’eut pas le temps de sortir son arme du fourreau, le pied de l’ex Fille de Piya lui brisa les parties sensibles. Enfin, elle profita de la position recroquevillée du soldat pour lui sauter sur le dos et lui briser le cou d’un geste énergique. Il ne lui resta plus qu’à ramasser un khanjarli pour se libérer les mains et quitter la cour de la caserne avant que les autres soldats ne ressortent.

            Elle devait maintenant trouver un moyen de rejoindre ses compagnons au plus vite, et prit la direction des écuries de la ville.

 

 

***

 

 

            Tout en sellant son cheval, Minami faisait part à ses compagnons de sa désapprobation : « Vous n’auriez pas dû le laisser partir. Je suis certaine qu’il s’est joué de vous.

            - Il nous a dit ce que nous voulions savoir, dit Shinobi. Et il ne sait pas que nous avons l’artefact. Si tu as raison et que nous le retrouvons sur notre route…

            - Je bute le singe ! le coupa Edgarde.

            - Je continue de penser que tu aurais déjà dû le faire. »

            Amar guidait déjà sa monture vers la sortie des écuries quand il entendit un bruit. Il fit signe à ses compagnons de se taire et dit : « Quelqu’un vient ! 

            - Des soldats ? » s’inquiéta Shinobi.

            Amar se cacha derrière le mur et regarda entre la porte et son cheval : « Non, une seule personne. Une femme, je pense, et un chien.

            - Butez pas le clébard, lâcha Edgarde.

            - La femme vient seule, précisa Amar. Préparez-vous ! »

            Ils se cachèrent comme ils pouvaient et Amar, bâton en mains, se prépara à frapper. Quand il sentit la présence de la femme, il se retourna vivement pour l’attaquer. Il eut tout juste le temps d’arrêter son coup avant qu’il n’atteigne le sommet du crâne de Jodha. Toute aussi surprise que lui, cette dernière lui sourit, avant de lui indiquer du regard que les parties intimes du moine avaient également failli y passer.

            « Jodha ? C’est toi ? demanda alors Hiro avec surprise en sortant de sa cachette.

            - Que faites-vous là ? interrogea la Brahmane en guise de réponse.

            - Nous avons trouvé l’armure à Agraja, dit Amar. Mais quelqu’un s’y était rendu avant nous. Nous l’avons libéré de prison pour savoir qui l’y avait envoyé.

            - Nous devons nous rendre à Karavati. Cette Alice semble liés à Om Kapoor, continua Shinobi.

            - Le producteur d’opium ? demanda Jodha.

            - Tu le connais ? s’étonna Hiro.

            - Suffisamment. Je ne pourrai pas vous y accompagner, dit-elle, il me reconnaîtra.

            - As-tu trouvé quelque-chose de ton côté ? s’inquiéta Amar.

            - Oui, j’ai un nom pour retrouver les Fanatiques : Talimaa Choptidai.

            - J’ai déjà entendu ce nom, dit Minami.

            - Sais-tu de qui il s’agit ?

            - Je ne suis pas certaine qu’il s’agisse d’une personne, dit la Wu-Jen. Si tu ne peux pas te rentre à Karavati, vois-tu un inconvénient à ce que nous recherchions Talimaa Choptidai ensemble ?

            - Je ne suis pas contre un peu de compagnie féminine, pour changer. »

            Amar eu un sourire, que le regard noir de Hiro lui fit immédiatement disparaître. Le moine repris son sérieux et dit : « Comment es-tu arrivée ici ?

            - J’ai été capturée par un groupe de soldats. Ils sont à la caserne. C’était votre œuvre, là-bas ?

            - Oui. Dans, ce cas, ils ne tarderont pas à nous trouver ici. Nous devons filer.

            - Nous irons vers le Pee, dit Minami. Je pense pouvoir trouver l’information que je cherche par là-bas. Où pouvons-nous vous retrouver ensuite ? »

            Hiro regarda la carte de la Province et proposa : « Nous sommes passés par le monastère de Sanwaria. Nous y serons en sécurité. Nous pouvons nous donner rendez-vous là. Les premiers arrivés attendent les autres.

            - C’est un lieu tout indiqué, fit remarques Shinobi.

            - Et comme vous serez en retard, dit Amar, je pourrai consulter leurs nombreux livres.

            - C’est entendu ! Filons, maintenant ! »

 

            Six cavaliers quittèrent donc Peejing cette nuit. Deux prirent la route du Pee, les menant vers les sommets de Maalhadiya, et quatre partirent vers le Naar pour rencontrer Om Kapoor dans son immense domaine de Karavati.

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